La Chine espère que la première étude conjointe sur l'histoire sino-japonaise va bien avancer

BEIJING, 21 décembre(XINHUA) -- La Chine éspère que la première étude conjointe sur l'histoire entre la Chine et le Japon va bien avancer, a déclaré jeudi Qin Gang, porte-parole du ministère chinois des Affaires Etrangères.

L'étude historique conjointe doit débuter mardi prochain et les deux pays ont chacun engagé une équipe de 10 personnes pour mener la recherche.

"J'espère que les experts des deux pays pourront effecteur l'étude sur la base des principes des trois documents politiques et feront face à l'histoire de manière correcte", a dit Qin.

L'étude de 2000 ans d'histoire entre la Chine et le Japon, aussi bien l'histoire moderne que celle qui a suivi la Seconde Guerre mondiale, doit améliorer la compréhension mutuelle de l'histoire objective, a-t-il dit.

Le président chinois Hu Jintao et le Premier ministre japonais Shinzo Abe se sont mis d'accord en octobre pour commencer la recherche historique commune à la fin de l'année.

Les ministres des Affaires Etrangère des deux pays ont également approuvé la publication des résultats de l'étude à la fin de l'année 2008.

La partie continentale de Chine s'oppose à la révision par les autorités de Taiwan des manuels scolaires d'histoire négligeant le Massacre de Nanjing

La partie continentale de Chine a exprimé sa vive opposition contre la révision par les autorités taiwanaises des manuels scolaires d'histoire qui minimise ou néglige le Massacre de Nanjing dans certaines versions.

"Le Massacre de Nanjing a été un crime monstrueux commis par l'armée japonaise à l'encontre du peuple chinois", a déclaré Li Weiyi, porte-parole du Bureau des Affaires Taiwainaises du Conseil d'Etat, lors d'une conférence de presse tenue à Beijing mercredi.

Il a dit qu'il s'agissait d'une période tragique de l'Histoire que la société humaine dans son ensemble ainsi que tous les descendants de la nation chinoise ne devaient oublier.

"L'expérience passée, si elle reste en mémoire, est un guide pour le futur", a ajouté M. Li.

Les manuels d'histoire de l'enseignement secondaire à Taiwan doivent transmettre une Histoire vraie et objective à la génération future taiwanaise, a poursuivi M. Li.

"Nous nous opposons fermement à toute distorsion, effacement ou confusion de l'Histoire", a conclu M. Li. 


Agence de presse Xinhua    2007/02/15

PRECISIONS ET RECTIFICATIFS
Modeste éclairage pour la recherche historique des relations Sino Japonaises 2006-2008

  1. L’empereur est divin, il tire sa divinité de ses grands ancêtres, et possède, en particulier, les attributs physiques et spirituels de la déesse du Soleil.
  2. Les Dieux accordent au Japon une protection spéciale. En conséquence, ses habitants, son sol même, toutes ses institutions sont supérieurs à ceux de tous les autres pays.
  3. De ce fait, le Japon a la mission divine de rassembler tous les peuples du monde «sous le même toit» pour qu’ils puissent jouir, à leur tour, des avantages que confère le fait d’être gouvernés par un empereur divin. Ce troisième dogme constitue la base de toute la politique étrangère de Japon.

TOUT LE MONDE EST FICHE

 

Un fait frappa particulièrement Rudolf Hess: l’intérêt passionné que l’homme de la rue manifestait pour l’espionnage.

Tout Japonais qui se rend à l’étranger se considère comme un espion, écrivait-il dans son étude, et, chez lui, il assume le rôle de découvreur d’espions. C’est, je crois, un sentiment profondément enraciné en eux; il doit remonter à l’époque ou les shogouns entretenaient une police secrète extrêmement active pour se protéger contre les complots et les attentats.

L’explication peut-être fausse, mais le sentiment est bien réel. Les autorités nippones l’exploitèrent délibérément et continuellement, par des actions fort et bien conçues, dont l’intensité s’accrut jusqu’à l’attaque de Pearl Harbor.

Au cours des années trente, l’espionnage était officiellement dirigé par le général Eini Tojo et par l’amiral Kiyoshi Noda, respectivement chefs des services de renseignements militaire et naval. Mais l’éminence grise des activités clandestines était, en fait, le général Jiro Minami, alors sexagénaire.

Minami descendait d’une longue lignée de samouraïs et avait l’esprit plein de ressources. Après le création du gouvernement fantoche du Manchoukouo, il demanda et obtint le poste d’ambassadeur auprès de l’empereur Pou-yi. Vers le même temps, il organisa, avec un autre vétéran, le général Kenji Doihara, la Grande association asiatique dont le but ultime était la conquête de tout l’Extrême-Orient et du Pacifique.

Minami passa ensuite en Corée où, dit-on, il gouverna «avec une volonté inflexible», tandis qu’il dirigeait «tout la Japon par téléphone».

Encouragés par lui et par les subordonnés, tous les Japonais furent conduits à voir une activité d’espionnage dans chaque mouvement qu’une autre nation, les Etats-Unis plus particulièrement, effectuait dans le Pacifique. En 1931, quand le colonel Lindbergh survola les Kouriles, avec sa femme, il fut aussitôt dénoncé comme espion. Lorsque le général en retraite Kiokatsu déclara: «Nous avons le devoir d’exécrer le peuple américain», il fut tumultueusement applaudi et recueillit aussi l’approbation de l’Allemagne et de l’Italie.

Non seulement les étrangers étaient considérés avec suspicion, mais tous les Japonais qui avaient avec eux des contacts sociaux ou commerciaux étaient surveillés par la police. Pour un touriste, porter un appareil photographique c’était risquer l’arrestation.

Un Allemand, le Dr Walter Donath, eut une fâcheuse expérience avec la Kempei tai. Il dirigeait l’Institut culturel allemand, crée par les deux gouvernements comme témoignage «de la profonde amitié que les deux pays nourrissaient l’un pour l’autre». On aurait pu penser que, de ce fait, il ne faisait l’objet d’aucune surveillance. En réalité, il ne pouvait faire un pas en dehors de Tokyo sans être filé.

Un jour, il décida de visiter une filiale de l’Institut, établie dans l’île de Shikokou, à une centaine de kilomètre de Kobé, en emmenant un étudiant japonais capable de lui servir d’interprète.

Un bateau les débarqua de bon matin à Takamatsu. Dès qu’ils eurent mis le pied sur le quai, un policier en civil les arrêta et interrogea le docteur sur l’emploi de sa journée. Pendant qu’ils prenaient leur petit déjeuner, un autre agent de la Kempei tai vint longuement questionner Donath sur ses antécédents, sur ses occupations, sur ses sentiments à l’égard du peuple japonais, sur les chances qu’il accordait à celui-ci dans une guerre avec l’Amérique. Le docteur dut de nouveau indiquer son itinéraire avec précision.

Dans l’après-midi, les deux voyageurs se rendirent dans une autre ville par le train. Un policier les prit à la gare et ne les lâcha plus.

Le lendemain matin, au petit déjeuner, un autre reparut pour s’informer du programme de la journée et posa des questions, manifestement pour s’assurer que les réponses étaient les mêmes que la veille. Peu après, la police lui téléphona qu’en rentrant à Kobé il traverserait une zone fortifiée où il était formellement interdit de prendre des photographies. Or, elle savait qu’il ne possédait pas de caméra, car elle avait fouillé les bagages à l’hôtel, le soir précédent, fouille faite si maladroitement que le docteur s’en était aperçu.

Pendant ses deux jours d’absence, le Dr Donath ne fut pas perdu de vue un seul instant. Les agents signalèrent tous ses faits et gestes, même le nombre de fois qu’il avait dû satisfaire un besoin naturel!

Cette «espionite» suraiguë amena la police à interdire la vente des estampes du célèbre dessinateur Hiroshige qui représentaient le détroit de Naruto, parce que celui-ci était alors fortifié. Mais Hiroshige était mort en 1853!

EN 1939, la Diète vota une nouvelle loi contre l’espionnage qui rendait la peine de mort beaucoup plus fréquente.

L’attention du public était attirée contre les espions par des expositions montrant les procédés insidieux et criminels que les Japonais imputaient à leurs adversaires, par des affiches répandues à profusion, par des slogans imprimés jusque sur les boîtes d’allumettes, par des semaines contres l’espionnage, etc. La presse, la radio, les discours des dirigeants invitaient les hommes, les femmes, même les enfants, à se tenir constamment sur leurs gardes, à dénoncer le moindre incident suspect. Toute la population fut ainsi soumise à une intense campagne de xénophobie.

La Kempei tai, réplique nippone de la Gestapo, fut toujours l’organisation la plus puissante, la plus haïe, la plus redoutée tant par les Japonais eux-mêmes que par la population des pays occupés ultérieurement. Elle tirait en partie son immense pouvoir de la position semi indépendante qu’elle occupait à l’intérieur de l’armée.

Quoique organisée en unité combattante, elle avait à sa tête un grand prévôt directement subordonné au ministre de la Guerre. Tous ses membres étaient des volontaires; on réclamait d’eux au moins six années de service militaire. Beaucoup venaient du personnel des ambassades et des consulats, le contre-espionnage demandant une connaissance poussée des pays ennemis. Le niveau intellectuel et physique s’y trouvait très élevé.

Les admis recevaient une formation d’un an dans des écoles spéciales. On y enseignait le droit, les langues étrangères, les méthodes de l’espionnage et du contre-espionnage, l’escrime, le jiu-jitsu, et toutes les techniques policières. L’instruction pratique y tenait une grande place, avec de nombreuses épreuves. Par exemple, pour vérifier leur habilité dans l’art du déguisement, les élèves étaient envoyés dans des endroits où ils étaient bien connus et où ils devaient ne pas se laisser reconnaître.

En 1945, selon le service des renseignements américain, l’effectif de la Keimpei tai s’élevait à 70 000 hommes, dont 24 000 officiers. Encore ne s’agit-il que de membres japonais. Avec les auxiliaires indigènes, le chiffre devrait au moins être doublé.

L’uniforme est celui de l’armée, avec un insigne particulier, une étoile en forme de fleur, entourée par des feuilles. En civil, les agents portaient souvent, sous le revers du veston, un bouton ressemblant à un chrysanthème.

En dehors de ses activités de contre-espionnage, la Kempei tai devait faire respecter la discipline dans l’armée. Un de ces membres pouvait arrêter un militaire jusqu’à trois grades au-dessus du sien, et décider sur-le-champ du châtiment à lui infliger. La plus grande fantaisie était permise dans sa tenue, il ne saluait pas les supérieurs des autres armes et ne participait à aucune corvée.

Cependant, à l’intérieur comme dans les pays occupés, la mission principale demeurait le contre-espionnage. Pour l’exécuter, les gendarmes hantaient les hôtels, les bureaux de poste, les gares, les quais, les lieux publics. Ils contrôlaient les maisons de prostitution, les théâtres, les cinémas et, assez curieusement, les confiseries. Ils réglementaient la vente des appareils électriques, des armes, des drogues et des explosifs. Ils surveillaient le personnel des restaurants, les employés de toutes les entreprises industrielles de quelque importance. Tout étranger arrivant au Japon était filé de façon si minutieuse que, disaient les chefs de la Kempei tai, on pouvait préciser le nombre de fois où il s’était rendu aux lavabos. Les gendarmes exerçaient également la censure de la presse, de la radio, de l’édition et du théâtre.

Comme le constata Rudolf Hess, ils employaient une quantité d’indicateurs, recrutés le plus souvent par la menace ou le chantage. Cependant, sa réputation paraît avoir été fondée surtout sur le mythe dont la Kempei tai s’enveloppait délibérément, en prétendant être partout et tout savoir.

Tels étaient l’espionnage et le contre-espionnage japonais quand la grande épreuve de force s’annonça dans le Pacifique.

 

LE PLAN ENTRE DANS SA DERNIERE PHASE

 

Son projet de créer un Etat fantoche avec les cinq provinces septentrionales de la Chine ne s’étant pas réalisé comme il le prévoyait, le Japon entreprit de mettre la main sur le pays tout entier. Les hostilités commencèrent en 1937. Il remporta de nombreuses victoires Cependant, lorsque la Seconde Guerre mondiale éclata, la Chine résistait toujours quoiqu’elle eût perdu tout son littoral et son réseau ferroviaire.

Dans l’intervalle, la situation intérieure du Japon connut beaucoup de fluctuations: crise économique, troubles politiques, militaires et sociaux; un «ordre nouveau», de caractère avant tout fasciste, fut imposé au pays.

Les intentions japonaises se précisaient. Dès le mois de janvier 1934, le ministre des Affaires étrangères, Kobi Hirota, proclamait: «la tâche de maintenir la paix en Asie orientale repose entièrement sur les épaules du Japon.» Trois mois plus tard la déclaration dite d’Aman avertissait les puissances étrangères qu’elles ne devaient apporter aucune aide de la Chine.

En 1935, le Japon signa le pacte antikomintern avec l’Allemagne et l’Italie. Ayant quitté la Société des Nations en 1933, en conséquence de l’incident de Mandchourie, il y vit une parade à son isolement diplomatique.

En décembre 1935, il répudia le traité naval de Washington qui limitait sa flotte aux trois cinquièmes de celle de la Grande-Bretagne. A l’époque, ce traité avait été considéré comme avantageux, mais dans ses nouvelles ambitions, le Japon trouva sans doute qu’il portait atteinte à son prestige, quoique ses motifs aient pu être plus profonds. Un mois plus tard, en janvier 1936, il se retirait de la conférence navale de Londres. Le pacte antikomintern le mit en conflit avec l’URSS. En fait, il livrait déjà une véritable bataille aux forces soviétiques pour la possession de la Mongolie extérieure lorsqu’il apprit la signature d’un pacte de non-agression entre l’Allemagne et la Russie. Ne pouvant supporter à lui seul le poids de la lutte, il régla l’incident de Mongolie. Puis, tout en en voulant a l’Allemagne pour ce qu’il considérait comme une sorte de trahison, il se joignit au pacte tripartite en septembre 1940. Sans aucun doute, il estima alors que les retentissantes victoires remportées par Hitler en Europe rendaient les conditions plus favorables pour se débarrasser de ses ennemis dans le Pacifique et l’Extrême-Orient.

Pour éliminer la danger russe, il signa, en avril 1941, un pacte de neutralité, valable pour cinq ans. Ce geste constituait une nette indication, venant après une année de préparatifs où il avait exercé une pression sur la Hollande pour se faire livrer des quantités précises de matières premières par les Indes néerlandaises, établi un accord avec le gouvernement de Vichy, autorisant le présence de ses troupes dans le Nord de l’Indochine pour faciliter ses opérations contre la Chine, et était intervenu dans le conflit franco-siamois qui éclata à l’automne de 1940.

Tout cela confirmait qu’il visait à s’emparer de la Chine et de toute l’Asie du sud-est. Les Etats-Unis constituaient l’obstacle principal: ils fournissaient une aide matérielle et morale à Tchang Kaï-chek et encourageaient les Hollandais à résister aux demandes nippones.

Depuis 1938, le politique du département de l’Etat envers le Japon ne cessait de se durcir. Le traité commercial, vieux de vingt-huit ans, fut dénoncé en 1939, et des restrictions furent apportées à l’exportation vers le Japon pour certaines catégories de produits pétroliers et métallurgiques. C’était un coup très dur et le gouvernement de Tokyo comprit qu’il lui fallait parvenir à quelque accommodement avec l’Amérique. Au printemps de 1941, il envoya un nouvel ambassadeur à Washington, l’amiral Nomura. Les négociations traînèrent sans aboutir, le gouvernement américain refusant de reculer d’un pouce dans les mesures prises pour contenir le Japon.

Le 2 juillet, celui-ci décida de réaliser son plan en ce qui concernait l’Indochine, même s’il devait en résulter une guerre avec les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. Les Américains, qui connaissaient le code diplomatique nippon, furent aussitôt informés de cette intention. Les crédits japonais furent immédiatement «gelés» aux Etats-Unis, au Canada et en Grande-Bretagne. La Hollande restreignit, à son tour, les exportations des Indes néerlandaises. Le Japon se trouvait ainsi coupé de toutes ses importations vitales. Il n’en exécuta pas moins ses projets en ce qui concernait l’Indochine.

Au début d’août, espérant neutraliser l’Amérique comme ils l’avaient fait pour la Russie, les Japonais soumirent de nouvelles propositions dans lesquelles ils garantissaient la sécurité des Philippines, mais demandaient, en échange, une intervention de Washington auprès de Tchang Kaï-chek pour lui faire cesser sa résistance, et une annulation des restrictions sur les exportations. Bien entendu, ces propositions furent instantanément rejetées.

Lors d’une autre conférence, en septembre, le gouvernement de Tokyo fit connaître qu’il n’irait pas au-delà et que si les Américains refusaient encore, ce serait la guerre. Le 2 octobre, Washington maintint son refus.

Les Japonais n’abandonnèrent pourtant pas tout espoir de voir le département d’Etat assouplir sa position, et présentèrent des conditions ultimes. Mais l’amiral Nomura, renforcé par un envoyé spécial, Saburo Kurusu, fut averti qu’elles devraient être acceptées le 25 novembre au plus tard, sans quoi «les choses suivraient automatiquement leur cour». Cette date fut repoussée finalement au 29, mais, le 26, Cordell Hull formula un nouveau refus.

Le 2 décembre, les forces navales nippones, qui avaient déjà gagné leurs bases de départ, reçurent l’ordre d’attaquer Pearl Harbor.

Ces événements avaient été précédés par une intense activité d’espionnage qui avait commencé dès 1931aux Indes néerlandaises et peu après aux Etats-Unis.

 

 

 

LE COLONEL OSAKI REMPORTE UNE VICTOIRE A LA PYRRHUS

 

Un soir de fin septembre 1941, le colonel Osaki, chef du contre-espionnage japonais, se trouvait dans un cabaret de Tokyo avec une de ses connaissances.

-Ah!Le voilà, s’exclama l’homme. Allo, Richard, venez donc prendre un verre avec nous!

Richard Sorge, journaliste allemand qui habitait Tokyo depuis sept ans, vint à la table, fut présenté au colonel Osaki, et s’assit.

Le colonel nourrissait certaines suspicions à son égard, il avait organisé cette rencontre pour les éliminer ou les confirmer.

Tout avait commencé deux ans auparavant, donc à la fin de 1939, lorsque les opérateurs de radio du colonel interceptèrent des émissions dans un code qu’ils ne purent ni identifier, ni déchiffrer. Leurs goniomètres ne purent non plus repérer l’emplacement de l’émetteur, quoique, à en juger par la force des signaux entendus, il dût se trouver à Tokyo même.

Le problème était resté insoluble depuis deux ans. Le colonel Osaki, poussé à bout par son amour-propre blessé par les remarques aigres-douces de ses supérieurs, eut finalement une idée. Il fit demander par le ministère des Affaires étrangères à ses agents si ceux-ci avaient l’impression que les pays où ils opéraient fussent prévenus à l’avance des intentions japonaises. Le rapport qu’il reçut lui fournit sa première donnée.

Avec le plus grand soin, Osaki dressa une liste de tous ceux qui, pou une raison ou pour une autre, pouvaient avoir connaissance à l’avance de ces intentions. Cette liste de suspects, comme il l’appela, contenait les noms d’officiers, de fonctionnaires, de représentants étrangers et ceux de trois journalistes: un japonais Ozaki (à ne pas confondre avec le colonel), un Allemand Richard Sorge, et un Yougoslave, travaillant pour les Français, Voukelitch.

Il ne considérait les trois derniers que comme «possibles» mais les soumit aux mêmes tests que les autres. A sa grande surprise, tous les autres furent éliminés et il ne resta que ces trois hommes. Mais il ne possédait de preuve contre aucun d’eux. Il avait organisé cette rencontre dans l’espoir que Sorge lui fournirait cette preuve où ferait éclater son innocence.

L’Allemand était connu comme un grand amateur de femmes et le colonel mit en conversation sur ce sujet:

-Avez-vous vu la nouvelle danseuse, Herr Sorge? lui demanda-t-il.

-J’ai rarement vu femme plus belle, poursuivit Osaki, mais je me suis laissé dire qu’elle était absolument inabordable.

Il surveillait attentivement le journaliste et perçut le regard rapide que celui-ci lui jeta en entendant les derniers mots.

-Aucune femme n’est inabordable, grogna Sorge. Plus elles sont belles, plus elles tombent facilement. Mais les femmes ne m’intéressent plus!

-Ne dites pas ça, Herr Sorge! s’exclama le colonel en riant. Attendez d’avoir vu Kiyomi!

L’attente ne fut pas longue. Presque aussitôt les lumières s’éteignirent dans la salle tandis qu’un projecteur s’allumait, éclairant une jeune Japonaise qui dansait la traditionnelle danse du riz.

Très vie Osaki comprit qu’elle intéressait Sorge.

-Dommage qu’elle soit inabordable! Lui murmura-t-il à l’oreille.

Le3 octobre au soir, Sorge, assis seul à sa table, regardait sa dernière maîtresse exécuter les pas de la danse du riz. Mais son esprit n’était pas avec la jeune femme, ni avec sa danse. Il s’inquiétait de ne pas avoir revu depuis plus d’une semaine un artiste de ses amis, nommé Miyagi, et de ne même pas savoir où il se trouvait. Un autre de ses amis, le journaliste Voukelitch, s’était enfermé à l’ambassade de France et refusait de quitter la protection offerte par l’exterritorialité de celle-ci. Lui-même avait acquis la quasi-certitude que le colonel Osaki était désormais renseigné sur sa véritable activité et n’attendait plus que le moment favorable pour agir.

Il réclama sa note. Le garçon qui lui apporta en même temps qu’un autre papier, plié de façon telle qu’il pouvait provenir seulement de Miyagi. Celui-ci lui faisait savoir que lui-même et plusieurs de leurs amis étaient surveillés par la police.

A travers son masque, Kiyomi vit Sorge lire le papier, et, sa danse finie, téléphona pour avertir son chef. Une rapide vérification faite par le colonel Osaki lui révéla que le garçon, communiste convaincu, avait à plusieurs reprises visité les bureaux du journaliste Ozaki.

Sorge, pour sa part, avait décidé de cesser son activité clandestine. Mais il lui restait, auparavant, à réaliser un ultime grand coup: découvrir la date à laquelle le Japon attaquerait les Etats-Unis.

Le soir du 14 octobre, Sorge se trouvait au cabaret Fuji. Kiyomi dansait lorsqu’elle vit quelqu’un passer devant la table de son amant et y jeter une boulette de papier. Sorge, levant les yeux, reconnut Miyagi.

Kiyomi espérait pouvoir téléphoner au colonel Osaki avant que Sorge ne vînt la prendre dans sa loge, mais il ne lui en laissa pas le temps. Tous deux partirent en voiture pour un chalet que le journaliste avait loué au bord de la mer, près de Tokyo. A un moment, Sorge stoppa pour caresser sa maîtresse. Ensuite, il tire deux cigarettes de sa poche mais, son briquet ayant refusé de s’allumer, il les jeta au-dehors. Puis il prit un morceau de papier, le déchira en petits morceaux, et le jeta également.

Kiyomi lui demanda de s’arrêter à la première cabine téléphonique publique pour avertir sa famille qu’elle rentrerait seulement le lendemain. Sorge demeura dans la voiture pendant qu’elle prévenait le colonel Osaki.

Au chalet, il lui dit de préparer quelque chose à manger tandis qu’il irait voir sa barque de pêche.A bord de celle-ci, il trouva un autre ami, un Allemand nommé Max Klausen, qu’il avait convoqué.

Bientôt, Klausen expédiait un message en morse par le transmetteur, dissimulé dans un compartiment secret de l’embarcation. Ce message fut reçu par le centre du service de renseignements, à Moscou. Il disait:

-Porte-avion japonais attaqueront flotte américaine à Pearl Harbor, probablement à l’aube du 6 décembre, d’après source digne de confiance.

Après, Sorge serra la main de Klausen.

-C’est fini, lui dit-il. Quitte le Japon le plus tôt possible.

Sorge retourna au chalet, mangea le repas préparé par Kiyomi et, comme s’il eût la prémonition que c’était sa dernière nuit avec une femme, ne s’endormit qu’à l’aube.

Son sommeil fut de courte durée. A huit heures, il se prépara un cocktail. Avant qu’il eût porté le verre à ses lèvres, on frappa à la porte. Il alla ouvrir et vit le colonel Osaki. Celui-ci ne parla pas, se contentant de lui tendre les morceaux du papier déchiré et jeté sur la route. Ils avaient été recollés et on y lisait:

«Porte-avions japonais attaqueront flotte américaine à Pearl Harbor, probablement à l’aube du 6 décembre, d’après source digne de confiance Joe.»

Joe était le pseudonyme de Miyagi.

A midi, l’ambassadeur d’Allemagne reçut une note courtoise, venant du ministre de la Guerre, le général Tojo. Deux Allemands, disait-il, venaient d’être arrêtés pour espionnage: le Dr Richard Sorge et Max Klausen. L’ambassadeur de France reçut un avis analogue, concernant Voukelitch qui avait quitté l’ambassade la veille pour aller chercher ses bagages. Le premier ministre nippon apprit l’arrestation du journaliste Ozaki et de l’artiste Miyagi.

Ce fut le plus beau jour du colonel Osaki!

 

Richard Sorge était le petit fils d’Alexandre Sorge qui avait été le secrétaire particulier de Karl Marx. En 1914, âgé de dix-neuf ans, il s’engagea dans l’armée allemande et fut blessé à trois reprises. Déçu par l’Allemagne d’après 1918, il devint communiste. Après qu’il eut acquis le doctorat en sciences politiques, les circonstances le conduisirent à Moscou. Il y fit la rencontre de Dimitri Manuilsky qui en fit ce qu’il allait rester, avec succès, jusqu’à sa mort, en espion travaillant pour la Russie.

Sorge parlait couramment russe, l’anglais, le français, et certains dialectes chinois et japonais. Il étudiait soigneusement l’histoire et la civilisation des pays où il devait opérer et, comme il considérait tous les autres hommes comme des ennemis, il apportait le même soin à bien connaître tous ceux avec qui son activité le faisait entrer en contact.

Les Russes eurent vite toute confiance en lui. En 1933, quand ils décidèrent d’établir un espion de grande classe à Tokyo, ils choisirent Sorge à qui, fait très rare dans l’histoire de l’espionnage russe, ils laissèrent carte blanche pour le choix de ses agents et accordèrent un budget quasi illimité.

Avant de gagner le Japon, il retourna en Allemagne où il abusa si bien les dirigeants nazis que ceux-ci le prirent pour un national-socialiste convaincu et lui donnèrent toutes leur confiance, ce qui l’accrédita automatiquement auprès de tout le personnel de l’ambassade allemande à Tokyo.

Il connaissait déjà l’Extrême-Orient ayant eu à organiser ce que les Russes appelèrent l’ «Unité Chine» sur le continent asiatique. A cette unité il emprunta son meilleur collaborateur, le jeune journaliste japonais Hozumi Ozaki. Les autres, également choisis par lui, furent l’Allemand Max Klausen, le meilleur opérateur de radio de tous les services secret russe, Branko de Voulekitch Miyagi, ex-officier yougoslave, et un artiste japonais, Yotokou Miyagi, rencontré par lui dans le quartier du Petit Tokyo, à San Francisco.

En ce qui concerne leur couverture, Sorge était le correspondant attitré des trois grands journaux allemands, Klausen représentait deux ou trois firmes allemandes, Voukelitch travaillait pour un magazine français et un journal yougoslave, Ozaki était rédacteur politique à l’Asah Shimbun, et Miyagi poursuivait son activité artistique.

Sorge, Voukelitch et Ozaki, étant tous trois des journalistes, pouvaient se réunir et se fréquenter sans éveiller de suspicion. Sorge prit d’ailleurs de ne développer ces relations que très graduellement de façon à les faire paraître parfaitement naturelles. Il semble aussi rencontrer Max Klausen par hasard à l’ambassade d’Allemagne et nul ne s’étonna de le voir inviter cet Allemand solitaire, comme s’il eût justement pitié de cette solitude.

Miyagi fut introduit dans le cercle de façon analogue. Sorge et Voukelitch visitaient le musée Uneo, lorsque le second reconnut un artiste de ses amis. Il le présenta à Sorge. Les deux hommes engagèrent une conversation sur les mérites respectifs des arts de l’Orient et de l’Occident. Miyagi fut invité à la poursuivre dans un café fréquenté par les artistes et les journalistes.

Un groupe d’espions doit disposer d’une base où chacun d’eux peut entrer ostensiblement, avec des raisons parfaitement légitimes, et où, néanmoins, ils sont à l’abri des indiscrétions. Sorge choisit a cet effet une maison quelque peut délabrée, dont le loyer n’avait rien de dispendieux pour un journaliste comme lui.

La pendaison de la crémaillère scandalisa les respectables voisins et les membres du corps diplomatique invités avec des journalistes, des artistes, de jeunes officiers de l’armée et quelques hommes d’affaires. Des geishas furent engagées et demeurèrent jusqu’à l’aube.

Sorge reteint Voukelitch, Ozaki, Klausen et Miyagi pour boire un ultime verre et leur donna ses premières instructions. D’autres réceptions analogues suivirent et on en parla beaucoup à Tokyo. Si les agents de la Kempei tai remarquèrent que les quatre amis restaient toujours ensemble après le départ des autres invités, ils n’y virent rien de suspect.

Habituellement, un espion essaye d’attirer les moins possible l’attention. Sorge fit l’inverse. Non seulement ses réceptions faisaient jaser, mais ses bonnes fortunes défrayèrent la chronique scandaleuse. Sorge exerçait un charme très puissant sur les femmes quoiqu’il eût, envers elles, une attitude de mépris. Il s’en lassait vite; aucune liaison ne durait plus de quelques semaines. Il courait d’aventure en aventure.

Cette réputation servit aussi à le couvrir. Comment supposer qu’un homme aussi peu discret pût être un espion?

Sorge ne tarda pas à justifier la confiance de Moscou par une série de très brillants succès. Le premier fut obtenu par l’intermédiaire d’Ozaki qui, par ses attaches familiales et par ses fonctions auprès d’un des journaux les plus influents du pays, avait accès aux milieux politiques les plus élevés. Il jouissait d’une haute réputation de perspicacité et possédait une connaissance si prodigieuse des affaires chinoises que, à la fin de 1935, lorsque les ministre des Affaires étrangères prépara un rapport au gouvernement sur les objectifs politiques et économiques de 1936, le prince Konoyé, Premier ministre, accepta volontiers que le projet lui fût montré pour qu’il pût donner son avis sur les parties concernant la Chine.

On lui remit le document et on l’installa dans une pièce écartée où il put, sans trouble, le photographier page par page. Ce document démontrait que le Japon ne nourrissait aucune intention d’agression envers l’Union soviétique dans un avenir prochain et que l’invasion de la Chine du Sud dépendrait du développement de l’industrie lourde en Mandchourie.

Sorge cherchant des recoupements, obtint une interview du Dr Herbert von Dirksen, ambassadeur d’Allemagne. En l’interrogeant avec habileté il apprit que le haut commandement nippon avait fait savoir que le retrait des instructeurs allemands servant dans les armées chinoises serait considéré comme un geste amical.

Simultanément, Miyagi sut d’un colonel japonais dont il peignait le portrait, que l’état-major préparait des cartes en relief des parties méridionales de la Chine.

Moscou jugea ces renseignements de la plus haute importance et, dès lors, considéra Sorgue presque comme un faiseur de miracles. D’autres à la place de celui-ci, eussent pu s’endormir sur leurs lauriers. Il n’y vit qu’une incitation à faire mieux encore.

Ozaki devint le conseiller officieux de Premier ministre lui-même et Sorge entreprit e compléter cette position de si haute importance, en acquérant à l’ambassade d’Allemagne une influence comparable. Il ne tarda pas à être le confident du colonel Eugène Ott, attaché militaire, qui remplaça von Dirksen comme ambassadeur.

Voukelitch consolida aussi sa situation à l’ambassade française et Miyagi étendit ses relations parmi les jeunes officiers qui appréciaient ses œuvres.

Tout ne passa pas sans anicroches. Ses histoires de femmes menacèrent à plusieurs reprises la sécurité de Sorge. Klausen, assez mauvais agent, en dehors de sa compétence technique exceptionnelle, failli se faire arrêter en plus d’une occasion. Cependant, la Kempei tai demeura étrangement ignorante. Pendant sept ans, Sorge et son groupe remportèrent des succès de plus en plus brillants. Sorge prévint la Russie de l’attaque de Hitler et, comme nous l’avons vu, couronna sa carrière en annonçant la date approximative de l’agression de Pearl Harbour.

Il était arrêté depuis environ sept semaines lorsque son geôlier, en lui apportant son petit déjeuner, lui déclara:

-Ce matin, notre aviation a détruit la flotte américaine à Pearl Harbor

Le prisonnier consulta le calendrier qu’il s’était fait sur le mur et constata que c’était le 8 décembre. Il avait annoncé le 6 à Moscou. Cependant il ne s’était trompé que d’un jour, car, à cause de la ligne internationale du changement de date, c’était le 7 décembre à Pearl Harbour!

 

L’APOGEE

 

 

Normalement la station de guet anti-aérien de Pearl Harbour fermait à 7 heures du matin.

Le 7 décembre 1941, cependant, deux soldats en instruction, qui observaient le secteur nord d’Oahu, décidèrent de continuer leur exploration jusqu’à l’arrivée de la relève.

A 7h02, ils remarquèrent sur leur écran une grande formation d’avions, presque au nord et à environ 200 kilomètres, qui approchait rapidement. Leur première réaction fut de penser que quelque chose s’était détraqué dans l’appareil, mais les vérifications prouvèrent qu’il restait en parfait état de marche.

Ils téléphonèrent au central, mai celui-ci avait fermé à l’heure réglementaire; personne ne leur répondit. Ils réussirent à prendre contact avec un officier; celui-ci leur dit qu’il s’agissait sans doute d’avions arrivant du continent.

Les soldats suivirent la formation jusqu’au moment où les vrombissements des moteurs se firent entendre et se retirèrent à leur tour.

Trente-deux minutes avant l’apparition des avions sur leur écran, le destroyer Ward avait aperçu un petit sous-marin dans la zone interdite à l’extérieur de Pearl Harbor. Il le chassa pendant un quart d’heure et, à 6h45, l’attaqua au canon et à la grenade. L’incident fut noté dans le journal de bord et signalé aux autorités à terre.

Il n’y eut aucune réaction. L’alerte ne fut pas donnée. On ne ferma même pas le filet d’arrêt de la passe, de sorte qu’au moins deux autres sous-marins japonais purent pénétrer dans la rade sans être découverts.

Le manque de collaboration entre les chefs militaires et navals des Hawaï était directement responsable de cette négligence. En ce matin dominical, les stations de guet de l’armée de fonctionnaient pas, il n’existait pas de patrouilles aériennes, les batteries anti-aériennes et côtières n’était pas armées ni même approvisionnées en munitions.

L’amiral Kimmel et le lieutenant-général Short avaient bien pensé a la possibilité d’une attaque nippone, mais, semble-t-il, sans en saisir tout le danger et s’étaient bornés à prendre quelques précautions mineures. Washington, où les négociations se poursuivaient avec les délégués japonais, envoya des avertissements qui, pour une raison jamais bien éclaircie, restèrent inefficaces.

Les avions repérés par les soldats arrivèrent cinquante-trois minutes plus tard au-dessus de Pearl Harbour, où sept des huit cuirassés de la flotte américaine du Pacifique étaient amarrés le long de l’île Ford, et où se trouvaient plus de quatre-vingts autres unités: croiseurs, destroyers, mouilleurs de mines, dragueurs, sous-marins et bâtiments auxiliaires. La formation comptait vingt et un avions torpilleurs, trente bombardiers en piqué et quinze bombardiers en altitude. Leur première mission consistait à mettre hors de combat les chasseurs entassés sur les aérodromes de Wheeler et d’Hickham, et à la base aéronavale de Kaneohe Bay. Le succès dépassa leur attente. Ceux des avions américains qui ne furent pas détruits ne purent décoller à cause des entonnoirs qui crevaient les pistes. Seuls trente-huit appareils de l’aéronavale y parvinrent et se joignirent à sept qui se trouvaient en l’air au moment de l’attaque.

L’amiral Halsey revenait alors d’un exercice avec le porte-avion Enterprise. Il lança aussitôt ses avions. Quatre furent abattus et un cinquième très gravement endommagé.

Contre les navires, les Japonais effectuèrent huit passes. Lors de la première, un des cuirassés ouvrit le feu à la mitrailleuse et détruisit deux avions torpilleurs. Dans les dix minutes qui suivirent, toute l’artillerie antiaérienne des bateaux entra en action.

A 8h25, les Japonais se retirèrent mais reparurent à 8h40. Ils exécutèrent alors des attaques de précision sur le port et les aérodromes, obtenant des très importants résultats. La bataille se termina à 9h45.

Tous les cuirassés étaient coulés, ainsi que bon nombre d’autres bâtiments. Le nombre de tués atteignait près de 2 500, celui des disparus 1 000 et celui des blessés dépassait 1 200. La flotte américaine du Pacifique sortait considérablement réduite de l’épreuve qui avait duré une heure trois quarts.

Pendant la plus grande partie de ce délai, Ruth Kühn observa les résultats avec ses jumelles tandis que son père les signalait au consulat japonais.

Pearl Harbour constitua l’apogée de l’espionnage nippon contre les Etats-Unis. Si le Japon n’en tira pas immédiatement avantage ce fut, a-t-on dit, parce que l’ampleur de ce succès le surprit lui-même. Quelle qu’en soit la raison, toute l’œuvre accomplie par ses agents en Amérique centrale ne servit à rien. Le Mexique ne servit pas de base, le canal de Panama ne fut pas détruit, il n’y eut pas de débarquement sur la côte californienne.

La longue activité des étudiants, des tenanciers de maisons closes, des dentistes, des coiffeurs, des marchands de sodas, des coolies et des colons agricoles, des médecins et des pêcheurs demeura vaine.

Dire que Pearl Harbour constitua l’apogée de l’espionnage nippon n’est pas attacher trop d’importance à l’œuvre du service de renseignements japonais. Ce fut très certainement une coïncidence si une grande partie de la flotte américaine de Pacifique se trouva rassemblée à Pearl Harbour en cette matinée du 7 décembre. Les Kühn en signalaient les mouvements depuis des semaines et les Japonais devaient savoir avec précision ce qu’ils rencontreraient, mais il était alors trop tard pour préparer les suites logiques de l’attaque.

Ce fut aussi l’apogée des Kûhn. Eussent-ils survécu qu’ils n’eussent jamais obtenu de succès comparable. Le destin connaît cependant des retours étranges. En ce moment en cet endroit cruciaux ce furent des compatriotes de Wilhelm Stieber qui rendirent la victoire possible, alors que les principes du maître espion allemand avaient servi de base à toute l’organisation d’espionnage nippone.

La flotte américaine paralysées, les Indes néerlandaises tombèrent comme un fruit mûr, de même que les îles du Pacifique, Singapour, la Malaisie et la Birmanie. Lorsque les armées du divin empereur prirent possession des territoires déjà clandestinement envahis par elles, le rôle de l’espionnage perdit de son importance et le nombre de gens diminua. Puis la fortune des armes tourna, et, dans la retraite, les espions n’ont plus à intervenir.

Ainsi donc, en dépit de cinquante années d’espionnage extrêmement poussé, le Japon fut détruit en tant que grande puissance et, dans sa destruction cet espionnage joua un rôle indirect. S’il n’avait pas espionné pour attaquer et, ce croyant sur de lui, n’était passé à l’action, il n’aurait pas senti le souffle des bombes atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki.

 

CONCLUSION

Il est toujours facile d’être sage après les événements, et les considérations respectives ne changent jamais rien aux résultats. Cependant, le recul permet de mieux distinguer ce qui s’est passé : les faits, les intentions, les succès, les échecs.

Quoiqu’il soit arrivé dans le passé, quoiqu’il puisse arriver à l’avenir, le prodigieux développement de l’espionnage japonais demeurera toujours un phénomène extraordinaire dans le vaste champ de l’Histoire.

Si les fondateurs du shintoïsme d’Etat avaient été francs, ils eussent expliqué que le troisième dogme :

Rassembler tous les peuples de la Terre sous le même toit _n’était pas destiné, à l’origine, à servir de base à une politique impérialiste mais d’instrument pour exalter l’orgueil de l’individu japonais et l’orienter dans une voie où il pouvait être utile aux intérêts du pays. Un peuple, habitué à une forte discipline dégénère rapidement si celle-ci se relâche, perdant toute ambition et tout objectif. Si le fait s’était produit, le Japon se fut trouvé dans l’impossibilité de bénéficier de ces contacts nouveaux avec l’Occident.

Son développement industriel, économique, politique et militaire constitue un phénomène non moins extraordinaire que celui de son espionnage. Les Japonais y révélèrent un sens de l’imitation et de l’organisation qu’aucune autre nation du globe n’a encore égalé à ce jour. Il est de mode de mépriser ceux qui copient, mais le résultat fut de transformer le Japon féodal en grande puissance dans l’espace d’une génération et demie.

Ce fut cette transformation, beaucoup plus que le troisième dogme, qui rendit absolument essentiel au Japon de consolider sa position en Extrême orient, et ce fut cette nécessité qui, à son tour, créa le besoin de l’espionnage. Par la suite seulement, lorsque les dirigeants eurent l’imprudence de se croire trop surs d’eux-mêmes, le troisième du shintoïsme d’Etat servit de base politique. Ces dirigeants eurent la même conception de la « race des seigneurs », du « Lebensraum », et de la création de nations esclaves, que leurs contemporains du Troisième Reich. Cependant, quels que furent les motifs ou les excuses, le résultat demeura le même.

En cherchant à consolider sa position en Extrême-Orient, le Japon eut a opérer dans les immenses espaces de la Sibérie et de l’Asie orientale et centrale. Comme il considérait la préparation par l’espionnage indispensable à son succès, ses chefs eurent besoin d’un nombre d’espions très élevés. Peut être fut-il fortuit que le système d’espionnage le plus moderne de l’époque dut recourir à tant d’agents. Indiscutablement, cela donna encore plus d’attraits au système de Stieber aux yeux des Japonais. A la vérité, aucun autre n’eut pu aussi bien répondre à leur but.

Ils s’adonnèrent avec tant d’enthousiasme à cet espionnage et furent tant encouragés par la facilité avec laquelle ils purent l’effectuer qu’ils se laissèrent obnubiler par cette idée du seul nombre. La défaite de la Russie et la conquête de la Mandchourie constituèrent des succès de premier ordre mais eussent été aussi brillants si le nombre de leurs agents eut été réduit des deux tiers ;

Si la conception de la « guerre totale » revient à leurs amis allemands, celle de « l’espionnage total » appartient incontestablement aux Japonais. En théorie, ils avaient raison. Le noyautage des minorités musulmanes de la Russie d’ Asie par des agents qui y entretenaient des troubles permanents, se justifiait. Les Nazis n’hésitèrent pas à employer la méthode à Dantzig, dans les territoires des Sudètes et parmi les Croates, en Yougoslavie.

Mais il est difficile de préciser l’avantage que le Japon tirât d’aussi vastes efforts, puisqu’il n’occupa jamais l’Asie soviétique. Son objectif, semble t-il était uniquement de fixer l’attention des Russes. Il eut pu l’atteindre en opérant directement en Sibérie orientale à beaucoup moins de frais.

Il en fut de même ailleurs et plus particulièrement en Chine que sa décomposition politique et économique rendait mure pour un contrôle étranger. Avec seulement une centaine d’agents bien placés, au lieu des milliers qu’il employa, il aurait pu remporter des victoires même plus grandes sur son voisin continental.

Néanmoins, on ne saurait nier que l’espionnage nippon obtint de remarquables résultats au cours de ses cinquante premières années d’existence. Ce sont ceux des quinze années suivantes qui restent extrêmement étonnants.

Quand le Japon commença à loucher du coté du continent Américain, il recourut aux mêmes méthodes qu’en Asie. Préparer une base au Mexique pouvait réclamer un grand nombre d’agents mais il aurait du devenir vite évident que les réalisations y demeuraient très inférieures aux attentes.

En fait, les Japonais rencontraient en Amérique des conditions bien différentes :

Une structure économique saine, l’absence de troubles intérieurs ; leur tactique aurait du s’y adapter, mais ils ne surent pas en imaginer d’autres sans comprendre que dans ces nouvelles conditions, un grand nombre d’espions constituait plus un handicap qu’un avantage. En Californie et dans la zone du canal de Panama, ils opérèrent avec les mêmes méthodes que Stieber quand celui-ci préparait le guerre franco-allemande de 1870-71.

Leurs espions devaient signaler les moindres détails, non seulement en ce qui concernait les forces armées mais dans les domaines industriels et économiques. Le résultat fut que les trois quarts des renseignements ainsi obtenus n’avaient aucune valeur ou étaient erronés. Il eut été très supérieur avec quelques cellules bien entrainées, bien organisées et favorablement placées du point de vue stratégique.

Rien ne démontre mieux l’inefficacité de l’énorme organisation de la Kempei tai et de l’immense armée des agents clandestins, que les succès remportés par Sorge et ses quatre compagnons ou encore celui des Kuhn, à Pearl Harbor. En opérant ailleurs sur le même principe que ces derniers, ils eussent certainement beaucoup mieux réussi en économisant les efforts et l’argent.

Plus on y réfléchi, plus on est conduit à croire que Rudolf Hess avait raison en déclarant l’espionnage congénital au peuple japonais. Même sans le modèle de Stieber, ces dirigeants eussent probablement monté leur espionnage sur une très vaste échelle, sachant que tous les sujets du divin empereur étaient prêts à devenir des agents secrets. La tentation eut été trop forte !

Mais si Hess avait raison, quelle conclusion faut-il en tirer pour l’avenir ?

Les termes de la capitulation interdisent au Japon de posséder un service secret de renseignements. Cette interdiction peut elle empêcher d’agir un peuple où l’espionnage est congénital ?

Auteur Ronald Seth

Titre original Secrets Servants

Extraits espions du Soleil Levant aux presses de la Cité 1961 Demande de publication en cours 2 janvier 2007

D’après les archives du Foreign Office à Washington U.S.A

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