Réévaluation de la guerre chimique déclenchée par le Japon contre la Chine

Source: le Quotidien du Peuple
Le 4 août 2003, une intoxication touchant plusieurs Chinois, causée par la fuite du gaz moutarde provenant des armes chimiques abandonnées en Chine par l'armée d'agression japonaise, s'est produit à Qiqihar, une ville de la province du Heilongjiang. Cet accident a eu lieu lors du déterrement de cinq bidons métalliques dont un brisé, sur un chantier de construction. A l'égard des pertes entraînées par cet accident, le gouvernement chinois a demandé au Japon d'assumer la responsabilité et les obligations qui lui reviennent.

L'arme chimique et le gaz moutarde

L'utilisation de substances chimiques toxiques par l'humanité est une pratique ancienne. Dans la haute antiquité, pour assurer leur existence, les êtres humains ont enfumé les animaux se nichant dans des grottes pour les capturer et les manger. Au cours des guerres, on a employé à maintes reprises les substances toxiques et les armes chimiques.

Par toxique, on entend les substances chimiques toxiques employées pendant les guerres dans le but de décimer des populations, des bêtes et des plantes ; par armes chimiques, on entend les objets contenant des substances toxiques ou chimiques tels que les obus, les bombes parachutées par avion, les obus à fusée, les ogives de missile, les grenades à main, les mines, les avions pulvérisateurs, etc.

Le gaz moutarde est une des différentes sortes de toxique chimique. Ce dernier se divise selon son effet en six catégories : 1). toxique énervant, tels que le Sarin, le Soman et le VX ; 2). toxique vésicant comme le gaz moutarde et le gaz de Louis ; 3). toxique causant l'intoxication de tout le corps, tels que l'acide cyanhydrique et le chlorure d'hydrogène ; 4). toxique détruisant les fonctions de pensée et d'action humaines, tel que le BZ ; 5). toxique suffocant, comme le chlorure de carbonyle ; 6). toxique irritant, tels que le CS, le benzène-chlore pinacoline, le chlorure de benzhydrylamine et le CR. Le gaz moutarde qui peut causer l'érosion appartient au toxique vésicant.

Le nom scientifique du gaz moutarde est le « sulfure d'éthyle dichloré ». C'est un liquide huileux sans couleur diffusant une légère odeur d'ail. Ses dérivés industriels sont jaune, brun ou brun foncé. La couleur foncée est due à l'impureté. Plus le gaz moutarde est pur, plus son odeur est faible. Indissoluble dans l'eau, il se dissout facilement dans le chlorure de carbone, l'éther, le chloroforme, l'essence, le pétrole et l'éthanol. Ayant une grande capacité d'infiltration, il peut s'infiltrer en 3 à 5 minutes dans la peau et est absorbé complètement par la peau en 15 à 20 minutes. Le gaz moutarde peut également dissoudre le caoutchouc. En conséquence, le vêtement antigaz en caoutchouc n'est pas résistant à ses effets ; L'effet meurtrier du gaz moutarde se réalise grâce à l'absorption par la peau ou le système respiratoire, plus concrètement, à la destruction des cellules du corps humain. Il peut non seulement endommager la peau, les yeux, la voie respiratoire et le tube digestif, mais encore intoxiquer par ces parties tout le corps humain.

Des armes chimiques ont été largement employées en Chine par l'armée d'agression japonaise et une grande quantité de munitions chimiques et de toxiques chimiques y ont été abandonnées

Le 7 juillet 1937, le Japon a créé l'Incident du pont Lugou (Marco Polo) et déclenché dès lors une guerre d'agression générale contre la Chine. Pendant la guerre, l'armée japonaise a utilisé une grande quantité d'armes chimiques.

Au début, elle a employé principalement des toxiques lacrymogènes. 1938 est l'année où l'armée japonaise a déclenché les attaques les plus frénétiques et les plus violentes contre la Chine. La fameuse bataille de Tai'erzhuang a eu lieu cette année-là. Selon des statistiques incomplètes, l'armée japonaise a utilisé par 255 fois les armes chimiques en 1938. Les toxiques étaient en général lancés par des canons et pouvaient atteindre avec un vent favorable une distance de 3 à 4 km. Les victimes étaient en pleurs, avaient le visage enflé, avaient le vertige, respiraient difficilement et se sentaient très affaiblis. Après avoir obtenu les résultats prévus, l'armée japonaise est entrée dans une nouvelle étape d'utilisation des armes chimiques. En 1940, lors d'une bataille qui a duré 3 mois et demi, l'armée japonaise a utilisé à plus de 20 reprises des armes toxiques de plus forte intensité, causant 488 intoxiquées dans l'armée chinoise. Cette dernière a capturé 57 obus toxiques, 2 059 bidons à toxique et 1 051 masques antigaz à l'ennemi. En 1941, l'armée japonaise a utilisé plusieurs sortes d'obus à gaz toxique dont le gaz moutarde contre les militaires et civils chinois. Du 8 au 12 août de la même année, elle a lancé avec des canons de montagne, des canons de campagne et des obusiers 1 500 obus toxiques irritants et plus de 1 000 obus à gaz vésicant dont le gaz moutarde et le gaz de Louis, ainsi que plus de 300 bombes toxiques par 36 avions. Selon des statistiques incomplètes, l'armée japonaise a utilisé au total 1 312 fois des armes toxiques pendant la guerre de huit ans, causant 33 000 victimes militaires et civiles chinois ainsi que d'énormes pertes matérielles pour la Chine.

Qui plus est, l'armée japonaise a encore laissé en Chine une grande quantité d'armes chimiques et d'agents chimiques. Selon des statistiques, avant la fin de 1996, on en a déjà découvert un grand nombre dans 36 villes et districts de 11 provinces chinoises. A cet égard, le gouvernement chinois a entrepris en 1990 des démarches auprès du gouvernement japonais. En 1991, la presse japonaise a reconnu pour la première fois que l'armée japonaise avait laissé des armes chimiques dans les régions du nord et du nord-est de la Chine, et le gouvernement japonais a envoyé un groupe d'experts effectuer des enquêtes sur place dans la banlieue de la ville de Dunhua, au Jilin, et dans la banlieue de la ville de Shijiazhuang, au Hebei. Les résultats des enquêtes ont prouvé que les obus à gaz toxiques découverts avaient été laissés par l'armée japonaise lors de son retrait de Chine et que certains d'entre eux étaient pourris et avaient déjà pollué le sol et l'eau. Le groupe d'enquête a confirmé que les obus toxiques découverts à Gaocheng dans la banlieue de Shijiazhuang étaient bien ceux à gaz de chlorure de carbonyle. A l'issue de plusieurs pourparlers entre les gouvernements chinois et japonais, la partie japonaise a exprimé qu'elle voulait procéder à un examen de conscience approfondie et présenter ses excuses à l'égard de la douleur et des endommagements du peuple chinois causés par les armes chimiques japonaises, et a promis qu'elle résoudrait le problème des armes chimiques laissées en Chine selon le principe et l'esprit de la Déclaration conjointe sino-japonaise et du Traité d'amitié entre la Chine et le Japon. Le Japon a aussi indiqué qu'il prendrait les engagements de détruire les armes chimiques abandonnées conformément à la « Convention sur l'interdiction des armes chimiques ».

L'utilisation des obus à gaz moutarde date de la Première Guerre mondiale

La Première Guerre mondiale s'est étendue à une échelle jamais connue dans l'histoire de l'humanité. Pendant cette guerre, des armes chimiques ont été largement utilisées. Il s'agit de la première utilisation massive des armes de ce genre dans l'histoire de la guerre.

En 1917, l'armée allemande a utilisé pour la première fois des obus à gaz moutarde (surnommés « Croix jaune ») sur les champs de bataille. L'apparition du gaz moutarde a conduit les armes chimiques à un nouveau niveau. Le 12 juillet 1917, l'armée allemande a lancé pour la première fois des obus de « Croix jaune » contre l'armée britannique. Or la plupart des soldats britanniques n'ont pas senti d'odeur bizarre ni distingué de couleur. Cela n'a donc pas attiré l'attention des britanniques qui n'ont pris aucune mesure de protection. Deux heures après, les soldats attaqués ont commencé à avoir de la conjonctivite aux yeux, à rougir et à s'enfler, à tousser sans cesse et à avoir des vésicules sur la peau. Dans cette bataille, le gaz moutarde a causé 2 143 intoxiqués britanniques dans le camp dont 86 morts. Au début du mois d'août 1917, l'armée britannique a subi une nouvelle et plus grave attaque de l'armée allemande qui lui a lancé un million d'obus de « Croix jaune ». Conséquence : 14 726 soldats britanniques ont été intoxiqués et 500 morts. Dès lors, on a appelé ce gaz « le roi du gaz toxique ».

La demande légitime de la Chine

En 1948, le Comité de l'armement conventionnel des Nations unies a défini l'arme chimique en termes d'« arme de destruction massive ». Dans les guerres de l'époque contemporaine, l'arme chimique a été employée massivement. Aussi, la communauté internationale a recherché sans cesse l'interdiction complète de ces armes chimiques. A l'issue de négociations ardues longues de 17 ans, le Comité du désarmement à Genève est parvenu finalement en 1992 à une « Convention sur l'interdiction des armes chimiques ». Cette convention en 24 articles et 3 documents joints sont entrés en vigueur le 29 avril 1997.

La « Convention sur l'interdiction des armes chimiques » a établi un « système concernant les armes chimiques abandonnées ». Le problème d'abandon d'armes chimiques japonaises en Chine relève du cadre de ce système. La Convention stipule : tout pays contractant qui a laissé des armes chimiques dans un autre pays doit s'engager à les détruire ; le pays abandonnant les armes chimiques et le pays territorial intéressé doivent publier respectivement la situation de l'abandon des armes chimiques et la situation de la découverte de ces armes chimiques (le lieu, la catégorie, le nombre et l'état actuel); l'organisation de la Convention doit effectuer une vérification nécessaire selon la situation réelle ; dans le contexte où le pays territorial ne peut pas connaître la source des armes chimiques abandonnées, l'organisation de la Convention lui accordera une aide ; pour les armes chimiques dont la source est impossible à identifier et si le pays abandonnant des armes chimiques n'est pas un pays contractant, le pays territorial intéressé peut demander à l'organisation de la Convention de donner une aide visant à détruire ces armes. La Convention stipule également que les armes chimiques abandonnées qui ont été découvertes les dix premières années de l'entrée de la Convention en vigueur doivent être détruites pendant cette période, et celles découvertes plus tard doivent être détruites le plus vite possible. En ce qui concerne l'accident du 4 août susmentionné, le Japon doit assumer, en vertu de la Convention, l'entière responsabilité, y compris l'indemnisation des victimes.