Sun Yat-sen et la Révolution de 1911
Extraits, © Nouvelle Etoile Beijing, 1991.



 

En Chine, la féodalité dura plus de 2 000 ans. Au milieu de la dynastie des Qing, à la fin du XVIIIe siècle, elle était devenue décadente. Après la Guerre de l’Opium, guerre d’agression contre la Chine dé­clenchée en 1840 par la Grande-Bretagne, la pénétra­tion du capitalisme étranger en Chine en fit progres­sivement un Etat semi-colonial et semi-féodal. Entre l’ancienne oppression féodale et la nouvelle agression impérialiste, la Chine était plongée dans un grand malheur et le peuple menait une vie misérable. La révolution était inévitable. Grâce au mouvement ré­volutionnaire paysan des Taiping de 1851 à 1864, dirigé contre la domination féodale des Qing et l’agression du capitalisme étranger, et au mouvement patriote anti-impérialiste des paysans, le Mouvement des Yi He Tuan (les Boxers), de 1899 a 1900, la tempête révolutionnaire gagna tout le pays. Au cours de cette révolution qui déferla comme une tempête furieuse, la classe bourgeoise monta sur la scène de l’histoire, en tant que force nouvelle. En 1911, les révolutionnaires, avec à leur tête Sun Yat-sen (1866-1925), grand précurseur de la révolution, dé­clenchèrent un mouvement pour renverser la dynastie des Qing. Cette révolution démocratique bourgeoise fut appelée la Révolution de 1911.

La Révolution de 1911 proclama la chute de l’au­tocratie féodale, fit flotter le drapeau de la Républi­que démocratique sur le territoire chinois et fonda une république bourgeoise: la République de Chine. Elle eut une grande portée dans l’histoire chinoise. Son mérite est éternel. Mais à cette époque-là, le capitalisme national était fort peu développé en Chine et la bourgeoisie encore faible. Sous la pression conjointe des impérialistes et des féodaux, le pouvoir tomba rapidement entre les mains des seigneurs de guerre du Beiyang qui représentaient à la fois les intérêts des gros propriétaires fonciers et des compra­dores. La pratique nous montre que dans un Etat semi-colonial et semi-féodal comme l’était alors la Chine, ni la paysannerie, ni la bourgeoisie n’étaient capables de diriger la révolution jusqu’à sa victoire finale.

A partir de cette époque, la responsabilité de la direction de la révolution en Chine incomba histori­quement au prolétariat chinois. En 1919, huit ans après la Révolution de 1911, éclata un grand mouvement révolutionnaire anti-impérialiste et anti-féodal, le Mouvement du 4 Mai. Au cours de ce mouvement, le prolétariat chinois révéla pour la première fois sa puis­sance. Et peu de temps après, fut fondé le Parti com­muniste chinois. En 1924, treize ans après la Révolu­tion de 1911, Sun Yat-sen réorganisa le Guomindang et ce fut la première alliance entre le Guomindang et le Parti communiste chinois. L’Expédition vers le Nord fut déclenchée pour renverser la domination des sei­gneurs de guerre du Beiyang, soutenus par les impéria­listes. En 1937, vingt-six ans après la Révolution de 1911, le Guomindang et le Parti communiste chinois firent alliance pour la deuxième fois. Et le peuple chinois put donc mener une guerre de résistance contre le Japon qui dura huit annnées et remporter la victoire finale. En 1949, trente-huit ans après la Révolution de 1911, sous la direction du Parti communiste chinois, le peuple tout entier mena la révolution de démocratie nouvelle et fonda la République populaire de Chine, mettant fin à la période de domination semi-coloniale et semi-féodale et créant un Etat indépendant et une démocratie populaire. La Chine entra alors dans la voie du socialisme. Aujourd’hui, l’économie et la culture chinoises ont connu un développement sans précédent, sur une base extrêmement arriérée et dans des condi­tions extrêmement difficiles. L’objectif que poursui­vaient Sun Yat-sen et ses partisans, lors de la Révolu­tion de 1911, est atteint, et l’on a dépassé de loin le niveau imaginé à l’époque. Quatre-vingts ans d’histoire nous montrent que la Révolution de 1911, n’étant que le prélude à une révolution démocratique, ouvrait la voie au développement de l’histoire. Par conséquent, les communistes chinois et les peuples des différentes nationalités du pays considèrent la victoire de la dé­mocratie nouvelle et du socialisme comme la continua­tion et le développement de la Révolution de 1911. Ils témoignent d’un respect profond à Sun Yat-sen et à ses partisans qui ont dirigé la Révolution de 1911.

La grande portée historique de la Révolution de 1911 et les leçons qu’il faut en tirer

La Révolution de 1911, dirigée par Sun Yat-sen, fut un grand mouvement révolutionnaire durant la pé­riode de la révolution démocratique chinoise. Elle re­vêt une grande portée historique qui se résume en ceci :

1.    La Révolution de 1911 a renversé la dynastie des Qing qui avait dominé la Chine pendant plus de 260 ans et elle a mis fin à la période de l’autocratie féodale. C’est une grande victoire pour le peuple chinois. C’est aussi un progrès historique extraordinaire.

2.    Durant la Révolution de 1911, les révolutionnaires bourgeois, avec à leur tête Sun Yat-sen, fondèrent le Zhongguo Tong Meng Hui (Ligue révolutionnaire de Chine), un parti politique de type bourgeois. Adoptant comme programme politique les Trois principes du Peuple de Sun Yat-sen, les révolutionnaires menèrent la lutte armée sans jamais faiblir. Ils eurent la sagesse de faire éclore la fleur d’une république démocratique, et l’arrosèrent de leur sang, frayant la voie à la ré­volution démocratique bourgeoise dans l’histoire de la Chine.

3.    La Révolution de 1911 a établi une république démocratique bourgeoise qui répondait au dévelop­pement du capitalisme. Sun Yat-sen promulgua une série de lois et décrets en faveur d’une politique dé­mocratique ainsi qu’une constitution provisoire de type bourgeois pour que l’idée d’une république démocra­tique gagne les cœurs. Par la suite, le rétablissement du régime monarchique par Yuan Shikai et la restauration de la dynastie des Qing par Zhang Xun se sont rapide­ment soldés par des échecs, car tel est le sort de tous les régimes autocratiques réactionnaires. La Révolution de 1911 a grandement contribué à ouvrir la voie à la révolution démocratique du peuple chinois.

4.    Pendant les quelque soixante-dix années qui s’écoulèrent entre la Guerre de l’Opium de 1840 et la Révolution de 1911, le gouvernement des Qing mena, à l’extérieur, une politique de compromis et capitula “comme une chèvre domptée”, jouant le rôle de laquais des impérialistes, tandis qu’à l’intérieur, il réprimait le peuple “comme un tigre féroce”. Grâce à la Révolution de 1911, ce laquais fut abattu. Cela montre que les impérialistes ne pouvaient pas contrôler le destin de la Chine comme bon leur semblait. Et par la suite, toutes forces réactionnaires, qui bénéficiaient du soutien des impérialistes, ont finalement été anéanties en dépit de leur puissance, grâce à la lutte du peuple. Sous cet angle, cela explique que la Révolution de 1911 ait porté un rude coup à l’impérialisme et au féodalisme.

5.    La victoire de la Révolution de 1911 donna nais­sance à un grand mouvement d’émancipation idéologi­que. Puisque l’autorité impériale, sacrée et inviolable depuis des milliers d’années, pouvait être renversée, alors, que ne pourrait-on attaquer ou transformer, de réactionnaire ou d’arriéré ? Il ne fait aucun doute que la Révolution de 1911 ait servi de déclencheur à la lutte. Elle a violemment attaqué la pensée féodale. Au moment de la Révolution de 1911, les propagandistes révolutionnaires appelèrent le peuple chinois à s’oppo­ser à l’impérialisme et à la dynastie des Qing, encoura­geant le peuple à faire rayonner cet esprit d’initiative, à étudier cette nouvelle pensée et cette nouvelle théorie et à mener sans faiblir une lutte héroïque pour recher­cher la voie révolutionnaire de la Chine.

En un mot, la Révolution de 1911 fit faire un bond à la Chine pour passer d’une société féodale à une société capitaliste. Elle marqua aussi un tournant, de l’autocratie féodale à la république démocratique. Ses mérites historiques sont immenses et subsisteront à jamais. Elle a exercé une profonde influence sur l’histoire de la Chine.

Mais elle s’est soldée par un échec, parce que les révolutionnaires ont accepté un compromis avec les forces réactionnaires et que Yuan Shikai a confisqué les fruits de la révolution. La République de Chine n’existait que de nom. Le peuple chinois n’avait pas pu accomplir sa tâche historique anti-impérialiste et anti-féodale. Pourquoi la Révolution de 1911 a-t-elle échoué ? Parce que les impérialistes soutenaient les forces réactionnaires chinoises. Toutes ensemble, ces forces réactionnaires étaient supérieures à celles des révolutionnaires. La bourgeoisie chinoise, qui dirigea la Révolution de 1911, était une classe faible sur le plan politique et économique. Elle ne pouvait pas lever haut le drapeau anti-impérialiste et anti-féodal ni dis­cerner les puissantes forces révolutionnaires à l’œuvre dans les masses paysannes. L’échec de la Révolution de 1911 nous montre que dans un pays semi-colonial et semi-féodal comme l’était alors la Chine, la bourgeoisie nationale et son parti politique ne pouvaient mener le peuple chinois à la victoire finale de la révolution démocratique.

C’est pourquoi la voie de la république démocratique bourgeoise n’a pas d’avenir en Chine.

 

Copyright © by CHINE EUROPE PROMOTION INTERETS Developped by Qiumeng XU